lundi 9 juillet 2007

ITW

Sujet: ~Alain Soral : Réponse aux questions des membres !~ Partie 1 26/1/2007, 07:45

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Que répondez-vous à vos lecteurs anciens et fidèles qui pensent que vous avez perdu une part de votre liberté dans cet engagement au Front National ?
Qu’ils auront maintenant le sentiment de lire les écrits d’un militant et non plus ceux d’un homme libre ?


Je leur répond que ce n’est pas mon problème.
J’ai décidé de m’engager pour continuer à peser sur la réalité qui m’entoure, conscient que j’étais arrivé, par mes livres, au maximum de ce que je pouvais faire par les mots, et qu’au-delà, je sombrais dans l’art pour l’art, la littérature…
L’opposition homme libre / militant ne me semble pas pertinente. La plupart des écrivains qui se prétendent libres (sous entendu de tout engagement) sont en réalité trop lâches pour s’engager. Et plutôt que militant, je me sens homme d’action, puisque ce sont mes idées que j’essaie de faire passer au Front National pour le faire bouger, et non pas l’inverse.





Que répondez-vous aux gens qui sont convaincus que c’est par opportunisme et ambition personnelle que vous avez choisi cette voie au Front National ?
Animé par un esprit de revanche et une volonté de promotion « sociale » que vous n’auriez jamais acquis au titre d’autodidacte vis-à-vis du monde intellectuel et médiatique ?


Je répondrai d’abord que les médiocres, les mesquins, ont souvent tendance à projeter leur rapport aux choses et au monde sur les gens qu’ils prétendent comprendre et juger.
On assiste là, et c’est triste de la part d’internautes qui se croient libres de toute influence médiatique, à une « fogielisation » des esprits. Cette tendance systématique à tout analyser avec un petit cerveau de fiotte arriviste et fourbe, un cerveau qui ne conçoit plus rien d’éthique et de chevaleresque dans les décisions qui président aux destinées d’un homme.
Cette mise au point faite, je répondrai ensuite qu’il y a toujours, dans tout engagement, une part d’opportunisme et d’ambition personnelle.
Sans ambition, on ne devient pas plus écrivain qu’homme politique ou chanteur. Avoir le sens de l’opportunité, surtout quand celle-ci vous semble opportune ne me semble pas être un défaut non plus.
La deuxième partie de la question, encore plus vile, me semble en plus carrément grotesque.
Pourquoi parler d’esprit de revanche plutôt que d’esprit de combat ? De volonté de promotion sociale quand on choisit volontairement, par constance dans l’anti-conformisme et fidélité à ses maîtres et amis, le camp des réprouvés et des maudits du Système ?
Quant à la reconnaissance, j’ai celle du monde intellectuel – le vrai celui qui sait se faire discret mais qui dure - monde que je ne confonds justement pas avec le monde médiatique auquel j’ai renoncé, en conscience et avec assez peu de regrets, dès qu’il a s’agit de trahir amis et idées… S’il en avait été autrement, j’avais tout ce qu’il fallait pour terminer animateur télé.


Pensez-vous que l’on puisse à la fois se définir comme un républicain de gauche, avoir compris et aimé vos livres, rejeter en bloc la ligne sociale-démocrate du Parti Socialiste actuel, avoir voté NON au référendum, vomir la bien-pensance autant que l’idéal vendu par la société marchande et continuer de détester Jean-Marie Le Pen pour des motifs que l’on croit sincères et objectifs sans être pour autant une tapette bobo de la gauche essentialiste adepte de la réduction ad hitlerum ?

Détester Jean-Marie Le Pen quand on en est arrivé aux conclusions que vous évoquez avant, est forcément une pause moralisante un peu forcée et une inconséquence politique. Cette attitude se retrouve beaucoup chez les très jeunes gens, un peu bourgeois et esthètes, qui se posent plus la question narcissique de la faute de goût que celle du salut collectif.
Ces jeunes gens ne se rendent pas compte, faute d’expérience, que le Système, dans sa marche totalitaire, ne nous laissera plus longtemps les moyens de le combattre, et que même si Le Pen n’est pas parfait, il est, ici et maintenant, la seule arme efficace qui nous reste. Aux Etats-Unis par exemple, cette possibilité a été enlevée aux électeurs…
Je fais d’ailleurs le pari que ces jeunes gens hésitants et critiques me donneront raison demain, quand il sera trop tard. Qu’ils m’excusent de ne pas les attendre…





Ne pensez-vous pas que votre réquisitoire global sur l'état de la France a beaucoup moins d'impact ou d'utilité à l'extrême droite qu'à gauche, et que le "vieux fond idéologique" du Front National comme dirait Bernard Antony, coriace et très ancré, empêchera fatalement le Front National de muter en un mouvement républicain qui le situerait aux antipodes de sa nature profonde ?

Votre question, en plus d’exprimer un désir fataliste et la justification d’un lâche immobilisme, est la preuve d’un profond contresens politique.
Mon travail d’analyse et de critique est beaucoup plus utile au service d’un fort mouvement national-populiste, puisque aujourd’hui l’action efficace contre le capitalisme financier transnational - moteur de tous nos maux - passe nécessairement par la réhabilitation du nationalisme (Martinez dirait l’alternationalisme). En revanche, continuer à perdre mon temps avec une gau-gauche divisée et insignifiante, internationaliste dans son essence - donc voué à l’impuissance politique et pire encore à la collaboration inconsciente avec le Système, et ce tant qu’elle n’aura pas fait cette nécessaire révolution culturelle - aurait beaucoup moins d’impact, pour ne pas dire aucun, à part le plaisir sournois de me faire traiter de fasciste par des crétins !
Contrairement d’ailleurs à ce que votre question semble insinuer, les gens authentiquement de gauche, les plus fins comme les plus sensibles, comprennent très bien mon action, et l’hostilité viendrait plutôt de ce que nous, marxistes, avons toujours appelé avec dédain, les petits bourgeois…
Quant à la dernière partie de votre question, elle prétend fixer la droite nationale dans un essentialisme a-historique, qui n’est, une fois de plus, que la projection sur un mouvement plastique et divers, d’un fantasmatique fascisme mythique. Fascisme que nous, communistes, avons longtemps inculqué aux petits cons gauchistes pour les garder sur notre coulpe et celle du Comintern…





Karl Liebknecht a dit : « Quand l’ennemi de classe chante mes louanges, je me demande quelle erreur j’ai commise ? ». Ne pensez-vous pas que vous dérangez moins la bien-pensance (cf. les recentres railleries du Nouvel Observateur suite à votre adhésion au Front National) en ralliant leur ennemi plutôt qu’en faisant office de mauvaise conscience de la Gauche
pourrie ?


D’abord petite remarque liminaire, Karl Liebknecht devrait commencer par appliquer cette maxime à lui-même, puisque lui aussi, en chantant les louanges du prolétariat, chantait les louanges d’une classe qui n’était pas la sienne. Finalement, comme le disait Céline avec ironie dés le milieu des années 30, sur le prolétariat, les ouvriers eux-mêmes s’expriment rarement, d’autres, bons bourgeois, s’en chargeant pour eux, et à leur avantage !
La deuxième partie de votre question démontre encore à quel point elle émane d’adolescents naïfs !
Si je dérangeais moins la presse de gauche, elle n’utiliserait pas contre moi des arguments aussi extrêmes et aussi creux, type « Heil Soral ! » (pour commenter sans doute mon discours de Valmy ?). Une outrance et une malhonnêteté qui sont la preuve même de l’impuissance rhétorique et du malaise. Murray avec ces jeux de mots désespérés les gênait beaucoup moins…
Je précise en passant que l’article auquel vous faites allusion est signé de la « blonde » Aude Lancelin, et que c’est, en partie, la surabondante montée de ce genre d’idiotes dans la presse dite « de gauche » qui m’a convaincu qu’il n’y avait plus rien a espérer de ce côté là. La candidature de Ségolène étant, pour qui a lu mon « Vers la féminisation ? », la cerise qui fait déborder le vase !
Penser, en outre, que la mauvaise conscience est autre chose qu’un luxe chez le bourgeois de gauche, et que cette mauvaise conscience travaillée littérairement pourrait déboucher sur un quelconque bouleversement social à leur désavantage est, pour quelqu’un qui parle d’ennemis de classes, d’une naïveté qui frise la stupidité, et qu’on doit qualifier en bonne logique d’inconséquence. Comme le disait Flaubert, la seule chose qui fait peur au bourgeois c’est l’émeute… Et je vous garantis que s’il doit y avoir demain un mouvement anti-bourgeois sérieux, il ne viendra pas des étudiants bolos et autre théoriciens sociaux appointés par l’Etat, mais des damnés du Système : petits patrons, artisans, paysans, chômeurs, gens des banlieues… Exactement la même combinaison sociologique hétéroclite qui enfanta la Commune !





La Gauche social-démocrate qui avait du mal à vous classer dans des cases de pensée préfabriquées a enfin pu vous faire rentrer dans celle, si efficace, de diabolisé fasciste disqualifiant à peu de frais votre pensée authentique méritant mieux que les arrières salles des librairies orientées…qu'en pensez-vous ?
Je pense que par cette question, qui est en fait un constat, vous venez de conforter ma réponse précédente. Quand un bourgeois de gauche se met à vous traiter de « fasciste », c’est qu’il n’a plus aucun argument à vous opposer et que, ne pouvant plus vous neutraliser sur le plan rhétorique, il n’a plus d’autre choix que de vous déclarer la guerre. Comme ça au moins les choses sont claires. Reste ensuite à regrouper les forces qui vous permettrons de ne pas la perdre…


Dans votre dernier roman, le personnage principal, après multiples déboires, finit par se faire prendre dans un back room.
Votre démarche parait à certains la suivante : « Foutu pour foutu, je vais rejoindre Le Pen, quitte à prendre encore plus de coups (au sens propre comme au sens figuré) puis, à moyen terme, prendre le risque de me faire éjecter du parti ... en ayant tout perdu. »
Pourriez-vous me dire s'il existe un parallélisme quelconque entre la fin du roman et votre récent engagement politique ?

Encore une question qui sent son petit baudelairisme sodomite !
Contrairement aux branleurs qui encombrent les forums, la plupart impuissants de la pensée et de l’écriture qui jouent les intellos, les écrivains à très peu de frais (écrire des livres, développer une pensée, produire une œuvre sur la durée c’est autre chose…), je n’ai à la fois pas grand chose à perdre, et perdre pour faire joli est au-dessus de mes moyens. Je suis un déclassé, tout mes choix sont mus pas la nécessité de la survie et le désir de gagner. Pour des raisons de classe, des raisons économiques, le spleen m’est interdit.
Dans mon livre, le héros, mon double Robert Gros, se fait hara-kiri par un moyen des plus branchés, l’excès de sodomie dans un back-room (belle métaphore de notre modernité) pour que moi, Alain Soral, puisse momentanément laisser tomber la littérature, où m’attendait la mort sociale, et me sauver par la politique. Voilà la bonne explication. Tout le livre, Chute !, pour ceux qui l’ont bien lu, est une annonce de mon entrée en politique et le où, et le pourquoi… Alors quand j’en entends dire qu’ils ne comprennent pas, eux qui prétendent m’avoir lu et si bien compris livres après livres, je me dis que ces soit disant lecteurs étaient vraiment des consommateurs et qu’il était temps que j’arrête de m’abîmer les yeux pour de si profonds trous du cul !





Pourquoi devrions-nous croire d'avantage un Le Pen qui déclare qu’il n’est plus sur une ligne « reagano-identitaire » mais strictement républicaine et « z’y-vaphile » qu’un Sarkozy soutenant qu’il n’est plus le candidat du néolibéralisme atlantiste mais celui du gaullisme social ?

Là aussi, si vous n’avez pas senti la réponse par les fibres, l’intuition, c’est que vous n’êtes que des gamins, des puceaux de la vie.
Il n’est pas question de croire… Mais bien plus sérieusement de choisir entre un aventurier et un technocrate, un homme et un robot, le patron d’une PME, et le directeur des ressources humaines d’un fond de pension… Choisir entre Le Pen et Sarkozy sur un programme politique, économique forcément déclaratif et aléatoire… c’est n’avoir rien compris à ce qui se joue. Le choix est celui bien plus crucial, essentiel, de l’aventure humaine contre la mort. Le choix de Le Pen est au sens radical du terme un choix écologique ! C’est le choix de l’échelle humaine…


On sait que certaines idées inhérentes au Front National sont plus ou moins "rétrogrades" pour beaucoup (peine de mort, préférence nationale pour les logements sociaux, antimarxisme, etc). Comment abordez-vous les sujets que vous estimez contraire à votre éthique face à Le Pen ? Aurez-vous un poids considérable en matière d'application idéologique au sein du parti ou êtes-vous uniquement le pantin qui permet au Front National de se gauchiser, de paraître plus souple ?

D’abord en quoi la peine de mort, dont je me contrefous – j’ai expliqué longuement pourquoi dans «Jusqu’ou va-t-on descendre ? », ou la préférence nationale sont-elles des idées rétrogrades ? je peux vous démontrer en cinq minutes que je suis pour les deux pour des raisons progressistes. Tout ça est une question de vision globale, de perspectives et de dialectique. Sur l’anti-marxisme, j’ai aussi répondu longuement à cette question dans Eléments (excellente interview donnée à Alain de Benoist, lisible sur mon site). Les gens du FN sont anti-communistes par haine du régime soviétique et attachement à la liberté individuelle, ce que je peux comprendre. Les ouvriers aussi d’ailleurs, puisque anciens comme moi du PCF, ils votent aujourd’hui majoritairement FN ! En réalité, les gens du Front, tout en étant anti-soviétiques, sont souvent marxistes sans le savoir dans leur critique du capitalisme, de la consommation… Mon éthique a donc peu à souffrir car je suis, comme la plupart d’entre eux, profondément populiste. Ce qui me gêne, si je mets de côté les quelques droitards libéraux classiques dont la place est à l’UMP, ce sont les contresens faits par certains, par ignorance, manque de culture du concept, entre liberté et libéralisme, marxisme et gauchisme… Et c’est mon travail de faire de la pédagogie en interne pour élever le niveau, comme Politzer le faisait en d’autres temps au Parti Communiste. Les risques sont d’ailleurs strictement les mêmes : être manipulé, vaincu par des vendus, liquidé par l’ennemi. Mais si cette désillusion peut arriver partout - cf l’histoire récente du PCF - elle est certaine au PS, à l’UMP, chez les Verts… et ce qui m’horripile c’est que cette question morale ne vous vient qu’au sujet du FN, qui est pourtant le seul mouvement dont il n’est pas encore prouvé, encore certain, qu’il ira se vendre demain au Système…